Le Grand Brûlé, la route des laves et les tunnels de lave : la journée volcan côté mer
Il y a le volcan qu’on va voir d’en haut, au Pas de Bellecombe, et il y a le volcan qu’on va voir d’en bas. Le second, c’est le Grand Brûlé : l’endroit où la lave descend jusqu’à la mer. On y roule sur une route qui a été recouverte, réparée, recouverte encore ; on y marche sur des coulées de quelques années ou décennies ; et on peut y descendre sous terre, dans les tunnels qu’elle a creusés. C’est la sortie la plus lointaine que je conseille depuis Manapany,
Alors je vous fais une sélection des activités possibles pour cette journée Grand Brûlé.
L’essentiel en un coup d’œil
- Où : la RN2 entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, dite route des laves : environ 32 km, dont une dizaine traversant le Grand Brûlé — la partie littorale de l’Enclos Fouqué, là où le volcan se déverse. A 50 minutes en voiture de Manapany.
- Ce qu’on voit depuis la route : les coulées successives, chacune signalée par un panneau qui donne son année. C’est une frise chronologique à ciel ouvert.
- La coulée de 2026 : elle a traversé la RN2 le 13 mars 2026 et atteint l’océan dans la nuit du 15 au 16 mars — une première depuis dix-neuf ans.
- Ce qui est autorisé : l’accès à la limite nord de la coulée 2026 par le sentier des Laves, depuis la RN2 via le chemin de pêcheur du Grand Cap (arrêté préfectoral n°2026-627 du 7 mai 2026).
- Ce qui est interdit : descendre sur la plateforme de lave gagnée sur l’océan en 2026, et la RN2 pour approcher la coulée 2026 ailleurs.
- Sous terre : les tunnels de lave, uniquement accompagné d’un guide diplômé d’État.
- A la sortie de l’enclos côté Sainte-Rose: Une randonnée sur le littoral de Bois Blanc ou un saut à l’Anse des Cascades.
- Le déjeuner : La Case Volcan, sur la route, au Tremblet, juste avant de descendre dans l’enclos.

Février-avril 2026 : ce qui vient de se passer ici
Si vous venez cette année, vous n’arrivez pas dans un paysage figé. Vous arrivez juste après.
Le 13 février 2026, le Piton de la Fournaise entre en éruption sur son flanc sud, dans l’Enclos. Elle durera 58 jours, jusqu’au 12 avril, avec des arrêts et des reprises, et laissera derrière elle deux cônes éruptifs baptisés Piton Zézèr et Piton Zazakèl, et de l’ordre de 22 à 28 millions de mètres cubes de lave.
La coulée descend les Grandes Pentes sur environ huit kilomètres. Le 13 mars 2026, elle traverse la RN2, vers 135 mètres d’altitude : la route est recouverte sur environ 430 mètres, sous cinq à dix mètres de lave. Dans la nuit du 15 au 16 mars, à 00h20, la lave atteint l’océan — c’était la première fois depuis dix-neuf ans. Au contact de la mer, elle forme un delta, ce qu’on appelle ici la plateforme : 8,5 hectares gagnés sur l’océan, déjà rabotés par l’érosion marine à 7,3 hectares au 1er juin.
La RN2, coupée depuis le 13 mars, a rouvert partiellement le 18 mai, puis totalement le 28 mai 2026 (sources : Réunion la 1ère, OVPF-IPGP, Planet-Terre / ENS Lyon). Autrement dit : vous pouvez rouler dessus. Vous roulerez sur une route reconstruite au-dessus d’une coulée qui a quelques mois.
Ce qu’on a le droit d’approcher à pied — et ce qui peut être vraiment dangereux
Autorisé : l’arrêté préfectoral n°2026-627 du 7 mai 2026 ouvre au public « l’accès à la limite Nord de la coulée 2026 par le sentier des Laves », depuis la RN2, via le chemin de pêcheur du Grand Cap. C’est le seul accès pédestre ouvert vers cette coulée ; l’arrêté n°2026-1415 du 27 août 2026 confirme la fermeture du reste du sentier des Laves, à l’exception de ce tronçon, qui vous mène en 15 minutes environ au pied de la plateforme 2026.
Interdit : aller sur la plateforme de lave elle-même. Le préfet l’a rappelé le 29 juillet 2026 : « Vous marchez sur une croûte fine et instable. Elle peut céder à tout moment. » En dessous, des points chauds à plus de 250 °C, des fissures ouvertes au-dessus des tunnels de lave, des fumerolles en bordure, et des effondrements localisés déjà constatés. Les risques annoncés sont les brûlures graves, les chutes et l’asphyxie. Il est également interdit de quitter la RN2 pour approcher la coulée 2026 en tout autre point du Grand Brûlé, en amont comme en aval.
Prudence donc, la lave refroidit encore. On a le droit d’aller la voir : par le bon chemin, et pas plus loin.
La route des laves : rouler, s’arrêter, lire les panneaux
Même sans marcher, la traversée vaut le déplacement. La RN2 franchit, entre autres, les coulées de 2004 (celle du 13 août 2004, qui a coupé la route en quatre endroits), de 2007 (l’éruption du siècle, la première coulée lorsqu’on descend dans le Grand Brûlé en venant de Saint-Philippe), et maintenant de 2026. Des petits panneaux plantés au bord de la route indiquent l’année de chacune des éruptions.
Ce qui frappe au Grand Brûlé, c’est le paysage lunaire et le contraste entre végétation et lave. A certains endroits, la forêt s’arrête net, comme découpée aux ciseaux, et le noir commence. Sur les coulées les plus anciennes, les fougères et les filaos ont recolonisé: la végétation a repris ses droits et on perd de vue qu’il y a de la lave en-dessous ; et sur celles de 2026, que de la lave. On voit littéralement l’âge du sol changer tous les cent mètres.
Avant l’arrêt à la coulée 2026 et le sentier autorisé pour descendre vers la plateforme, je conseille un arrêt pour la coulée 2007. Un petit sentier balisé part côté amont au milieu des gratons et vous mène en quelques minutes à des panneaux pédagogiques retraçant les étapes de l’éruption du 2 avril 2007, considérée comme l’éruption du siècle.

2 avril 2007 : l’éruption du siècle
Le 2 avril 2007, le Piton de la Fournaise entre en éruption. Elle durera jusqu’au 1er mai. La lave traverse la RN2 à 15h15 le jour même, et atteint l’océan en moins de douze heures. Au total, environ 120 millions de mètres cubes de lave seront émis, avec des fontaines dépassant les cent mètres de haut. Le village du Tremblet est évacué, la nationale est coupée. Et il n’y aura ni morts ni blessés. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 6 au 7 avril, le fond du cratère Dolomieu s’effondre de plus de trois cents mètres au sommet du volcan. Et quand la lave a fini d’entrer dans la mer et que tout a refroidi, il y avait là une plage d’environ 280 mètres qui n’existait pas un mois plus tôt.
A la sortie de l’Enclos : petite randonnée ou pousser jusqu’à l’Anse des Cascades
La sortie du Grand Brûlé vous amène aux remparts de Bois Blanc, au lieu-dit Îlet Leroux. Là, sur votre droite, un petit dégagement permettant à 2 ou 3 voitures de se garer, et le départ du sentier littoral de Bois Blanc. Cette agréable randonnée commence par descendre rapidement vers le rivage, avec de beaux points de vue sur le littoral du Grand Brûlé. Puis le sentier continue le long d’un littoral découpé, avec notamment des arches naturelles et le rocher Pas de Cabris (un très joli îlot recouvert de filaos et avec des colonnes basaltiques). Au bout, vous arrivez au parking de la Source (vous pouvez apercevoir en face le débarcadère de l’Anse des Cascades) qui marque la fin du parcours. Puis retour par le même itinéraire. Comptez 3h aller-retour pour cette randonnée facile et sauvage.
L’Anse des Cascades. Un peu plus loin après Bois-Blanc, en continuant sur la RN2 en voiture, suivre l’indication Anse des Cascades sur votre droite. Comptez 15 minutes et 7km depuis la sortie de l’enclos pour rejoindre le site et son parking. De là, une petite balade d’environ 15 minutes vous emmène faire le tour de cet écrin de verdure abritant un petit port et de nombreuses cascades. Endroit charmant, mais très touristique.
Les tunnels de lave : une sortie encadrée et unique en son genre
C’est la seule activité de ce carnet pour laquelle il faut passer par un professionnel. Et elle est unique en son genre: rares sont les endroits dans le monde où une telle activité est possible pour le grand public. Accessible à tous, mais déconseillée aux claustrophobes.
Un tunnel de lave se forme quand la surface d’une coulée refroidit et durcit pendant que la lave continue de couler dessous : quand elle finit par se vider, elle laisse un tube et des galeries. On y descend casqué, frontale sur la tête, et on marche dans les entrailles d’une coulée. Les parois portent encore les marques du niveau de la lave, les couleurs des minéraux, les stalactites de roche fondue.
Le tunnel de la coulée de 2004, fait environ six kilomètres et c’est le plus fréquenté de l’île : les circuits vont de trois heures à trois heures trente, jusqu’à quatre heures trente en formule sportive. C’est le tunnel idéal pour découvrir l’activité, qui se pratique exclusivement accompagné d’un guide diplômé d’État — ce n’est pas une formalité : on parle de progression souterraine, avec des passages bas et des zones instables, et il faut être équipé pour.
Côté réglementation, les nouvelles sont bonnes : les tunnels de 2004 ont rouvert le 6 mai 2026, et l’accès aux tunnels de 2007 est autorisé par l’arrêté du 7 mai 2026 (source : préfecture de La Réunion). Je ne vous donne pas de nom de prestataire au hasard : réservez auprès d’un guide diplômé, et si vous logez chez moi, demandez-moi — je préfère vous orienter de vive voix.

Mes conseils avant de partir
- Chaussures de marche fermées, obligatoires. La lave est abrasive et coupante ; une chute dessus n’a rien d’anodin. Pour les tunnels, prévoir une petite laine (il fait moins chaud sous terre).
- Partir tôt. Au Grand Brûlé, les nuages recouvrent vite les remparts et le temps se dégrade souvent l’après-midi.
- On ne quitte pas l’itinéraire autorisé. Il n’y a pas de « juste un peu plus loin » : sous la croûte, il y a des tunnels et des points chauds.
- On vérifie la veille. L’accès aux sentiers changent par arrêté, parfois en quelques heures si l’activité volcanique reprend. Le bulletin quotidien de l’Observatoire volcanologique et les communiqués de la préfecture sont les seules sources qui font foi.
- L’activité tunnel de lave se réserve. Ce n’est pas une activité qu’on décide le matin même en haute saison, ni qu’on peut faire sans un guide. Prévoir une demi-journée rien que pour cette activité.
- Pas de baignade nulle part sur ce littoral. Pour se baigner, on redescend vers le Sud — voir où se baigner en sécurité dans le Sud.
- Le déjeuner : La Case Volcan, 123 A route nationale 2, au Tremblet, sur la route des laves, juste avant de descendre dans l’enclos. Cuisine créole dans un cadre sympathique. Particularité: vous goûtez un échantillon de chaque cari figurant sur la carte (amenés sur un plateau) avant de commander. Réservation recommandée, l’endroit est très demandé. Ouvert tous les jours, service le midi (11h45-16h30). sa fiche Google
Le volcan dans la journée, le calme le soir
Le Grand Brûlé, c’est de la route, du noir et du soleil : on en revient rincé et content. À Ti Oasis, ma location saisonnière de charme avec piscine pour couples, à Manapany-les-Bains, on rentre se poser sous un kiosque au bord de la piscine — et on prépare la journée du lendemain.
Questions fréquentes
Peut-on marcher sur la coulée de 2026 ?
A côté, oui, mais par un seul chemin : l’arrêté préfectoral n°2026-627 du 7 mai 2026 ouvre l’accès à la limite nord de la coulée 2026 par le sentier des Laves, depuis la RN2 via le chemin de pêcheur du Grand Cap. En revanche, la plateforme de lave gagnée sur l’océan est strictement interdite, et il est interdit de quitter la RN2 pour approcher la coulée ailleurs.
Pourquoi la plateforme 2026 est-elle interdite ?
Parce qu’elle n’est pas stabilisée. Le préfet l’a rappelé le 29 juillet 2026 : la croûte est fine et instable et peut céder à tout moment ; en dessous, des points chauds dépassent 250 °C, des fissures s’ouvrent au-dessus des tunnels de lave et des effondrements localisés ont déjà été constatés. Les risques annoncés sont les brûlures graves, les chutes et l’asphyxie.
La RN2 est-elle ouverte ?
Oui. Coupée par la coulée le 13 mars 2026, elle a rouvert partiellement le 18 mai puis totalement le 28 mai 2026. On traverse donc de nouveau le Grand Brûlé d’un bout à l’autre.
Peut-on visiter un tunnel de lave sans guide ?
Non. L’activité se pratique exclusivement accompagné d’un guide diplômé d’État, avec casque et éclairage fournis. Les tunnels de 2004 ont rouvert le 6 mai 2026 et l’accès aux tunnels de 2007 est autorisé par l’arrêté du 7 mai 2026. Les circuits durent en général de trois à quatre heures et se réservent à l’avance.
Combien de temps prévoir pour cette journée ?
La journée entière. C’est la sortie la plus lointaine que je conseille depuis Manapany : il faut compter la route à l’aller et au retour, une marche le matin, un tunnel l’après-midi, et les arrêts sur la route des laves.