Le Tremblet : la plage de sable noir aux reflets verts née du volcan et l’épave du Tresta Star
Le Tremblet, c’est un de ces endroits à part dans le Sud sauvage: une petite plage de sable soir aux reflets étrangement verts et dorés, un cargo échoué au milieu d’un champ de lave noire. Cela vaut le détour, mais attention: à l’heure où j’écris ce carnet, le sentier menant à la petite plage du Tremblet, ainsi que l’accès au cargo par la coulée 2007 sont officiellement fermés.
L’essentiel en un coup d’œil
- Où : Le Tremblet, sur la commune de Saint-Philippe, à l’extrémité sud-est de l’île. On y passe en longeant la RN2 vers le Grand Brûlé.
- Ce qui rend le lieu unique : une petite plage de sable noire teintée de vert (de l’olivine), née en 2007 d’une coulée de lave arrivée jusqu’à la mer.
- L’épave : le Tresta Star, un caboteur échoué sur la coulée pendant le cyclone Batsirai, en février 2022.
- Le point important : l’accès à la plage, au sentier et au navire est actuellement interdit par arrêtés préfectoraux. Amende de 35 à 135 €.
2 avril 2007 : l’éruption qui a fabriqué une plage
Ici, on n’est pas devant un paysage : on est devant une date. Le 2 avril 2007, le Piton de la Fournaise entre dans l’éruption que tout le monde appelle encore aujourd’hui « l’éruption du siècle ». Elle durera jusqu’au 1er mai.
La lave traverse la RN2 à 15h15 le jour même, et atteint l’océan en moins de douze heures. Quand la lave a fini d’entrer dans la mer et que tout a refroidi, il y avait là une plage d’environ 280 mètres qui n’existait pas un mois plus tôt. C’est ça, l’histoire du Tremblet.

Pourquoi ce sable noir a des reflets verts
Partout ailleurs dans le Sud, le sable volcanique est noir : à Ti Sable, à l’Étang-Salé, c’est du basalte pilé par la mer.
Au Tremblet, le sable noir y est teinté de vert-jaune, et il change de couleur selon l’angle du soleil, passant du jaune brillant au gris. La raison tient en un mot : l’olivine. C’est un minéral vert présent dans le magma ; ici, l’accumulation d’olivine et de pyroxène est telle que le sable en prend la teinte. C’est pour ça que les Réunionnais l’appellent souvent « la plage verte ».
Pour accéder à cette plage, il faut se garer sur la RN2 en face de l’ancienne route (fermée aux véhicules) indiquant vieux port du Tremblet. La route descend dans la forêt vers le littoral que l’on atteint après 20 minutes de marche environ. De là, un sentier (je rappelle à nouveau actuellement officiellement fermé) part sur la gauche pour descendre au plus près du rivage. La petite plage du Tremblet se trouve un peu plus loin après avoir longé une petite falaise avec quelques passages délicats. En continuant après la petite plage du Tremblet, vous atteignez la coulée de lave de 2007. Une marche de 10 minutes sur la lave vous mène à l’épave du Tresta Star.
Le Tresta Star : un cargo posé sur la lave, quinze ans après l’éruption
On se demande souvent si le bateau a été « emporté par la coulée ». Non, et la vraie histoire est plus étonnante que la légende.
Le Tresta Star est un caboteur pétrolier mauricien. En février 2022, pendant le passage du cyclone Batsirai, il part à la dérive. Il finit par s’échouer sur la coulée de 2007, déjà solidifiée depuis quinze ans. Ses onze membres d’équipage ont tous été secourus. Depuis, la décision a été prise de ne pas le retirer : il se dégradera naturellement (sources : Imazpress, 7 février 2022 ; Réunion la 1ère). La houle a fait son travail — le navire s’est brisé et continue de se disloquer d’une saison à l’autre.
L’image est saisissante : une carcasse de métal rouillé au milieu d’un désert de lave noire, face à l’océan Indien. C’est devenu un des lieux les plus photographiés de l’île. C’est aussi devenu un problème de sécurité publique.

Pourquoi l’accès est actuellement interdit
Je préfère être précis, parce que la règle est mal connue et qu’on voit beaucoup de vidéos avec des gens qui y vont.
- Un arrêté municipal de Saint-Philippe (février 2022) interdit l’accès, terrestre comme maritime, aux coulées de lave dans un rayon de 300 mètres autour du navire.
- La préfecture de La Réunion le rappelle noir sur blanc : « l’accès à proximité, par le sentier de la plage du Tremblet à Saint-Philippe, tout comme l’accès au navire lui-même est interdit », et « il est formellement interdit de monter sur le navire » (communiqué mis à jour le 4 novembre 2024).
- Enfin, l’arrêté préfectoral n°2026-1415 du 27 août 2026, en vigueur au moment où j’écris, ferme le sentier du Tremblet — comme le sentier de la coulée de Takamaka et le sentier de Bras Plat, sur la même commune.
Le motif n’est pas simplement administratif : le navire peut s’effondrer à tout moment et entraîner une partie de la falaise avec lui. Aucun dispositif de secours n’est en place sur ce littoral. L’amende va de 35 à 135 €, mais ce n’est pas l’amende, le sujet.
Comme partout sur ce littoral de lave, l’état des sentiers évolue par arrêté : la liste officielle est tenue à jour par l’ONF, et le point le plus fiable sur le Tresta Star reste le communiqué de la préfecture.
Ce qu’on peut faire à la place, dans le même coin
La bonne nouvelle, c’est que le secteur est riche et qu’on peut passer une très belle journée sans mettre un pied là où c’est interdit. Voici l’ordre dans lequel je la ferais.
- Le matin : Cap Méchant, avant que le soleil ne tape. C’est la même côte de lave, avec un sentier balisé, des vacoas et une houle spectaculaire — et c’est autorisé.
- Le déjeuner : La Case Volcan, 123 A route nationale 2, au Tremblet. C’est l’adresse du secteur, au bord de la route des laves. Relevé sur sa fiche Google le 4 août 2026 : ouvert tous les jours, service le midi. Les horaires bougent : vérifiez sa fiche Google avant de vous déplacer.
- L’après-midi : on descend dans le Grand Brûlé et on s’arrête aux panneaux qui indiquent l’année de chaque coulée traversée. C’est une leçon de géologie à ciel ouvert, depuis la route, sans franchir aucune limite.
- Le retour : le bassin de Manapany, en fin de journée, pour se remettre de la chaleur — voir où se baigner en sécurité dans le Sud.
Et si c’est la lave qui vous intéresse vraiment, il existe un endroit où l’on peut légalement s’approcher d’une coulée récente : c’est plus loin sur la même route, du côté du Grand Brûlé, par un accès précis ouvert par arrêté. Demandez-le-moi, je vous explique.
Mes conseils avant de partir
- Ne suivez pas les vidéos. Beaucoup de contenus en ligne montrent des gens sur la coulée ou sur l’épave. Ils sont en infraction.
- Regardez depuis la route. La RN2 traverse tout le secteur : on voit la coulée, la forêt qui s’arrête net, le noir qui remplace le vert. Ça se comprend très bien sans descendre.
- Chaussures fermées partout où vous marcherez sur ce littoral : la lave refroidie est abrasive (et coupante).
- Par forte houle, on reste à distance du bord. Sur cette côte, il n’y a ni plage ni pente douce : la mer frappe directement la roche.
- Un mot sur la baignade : ce n’est pas un littoral de baignade, ni ici ni au Cap Méchant. Le Sud a ses endroits pour ça, et ce ne sont pas ceux-là.
La côte de lave le matin, le bassin de Manapany le soir
Le Tremblet et le Grand Brûlé se visitent en une demi-journée depuis Manapany, et l’état des sentiers change souvent : mieux vaut dormir près de cette côte et décider le matin même. À Ti Oasis, ma location saisonnière de charme avec piscine pour couples, à Manapany-les-Bains, on rentre le soir se poser sous un kiosque au bord de la piscine.
Questions fréquentes
Peut-on aller voir l’épave du Tresta Star ?
Non. L’accès au navire, à la coulée dans un rayon de 300 mètres autour de lui et au sentier de la plage du Tremblet est interdit par arrêté municipal de Saint-Philippe et par arrêtés préfectoraux ; la préfecture de La Réunion l’a rappelé dans un communiqué mis à jour le 4 novembre 2024. Le motif est un risque réel d’effondrement du navire et de la falaise. L’amende va de 35 à 135 €.
Pourquoi le sable de la plage du Tremblet a-t-il une teinte verte ?
À cause de l’olivine, un minéral vert contenu dans le magma. Le sable, formé par la coulée de lave arrivée dans la mer en 2007, en est particulièrement riche : sa couleur passe du jaune brillant au gris selon la lumière. C’est ce qui lui vaut son surnom de « plage verte ».
L’épave a-t-elle été apportée par la coulée de lave ?
Non. La coulée date d’avril 2007. Le Tresta Star s’est échoué en février 2022, pendant le cyclone Batsirai, sur une lave solidifiée depuis quinze ans.