La Pointe de la Table, le Puits Arabe et les coulées de lave de Saint-Philippe

Il y a des endroits, dans le Sud, où l’on comprend d’un seul coup d’œil comment cette île s’est formée. La Pointe de la Table, à Saint-Philippe, en fait partie. C’est un morceau de terre qui n’existait pas il y a quarante ans : la lave est descendue jusqu’ici en 1986, elle est entrée dans la mer, et l’île s’est agrandie de 25 hectares. On marche dessus aujourd’hui. Pour une escapade à la fois sauvage et pédagogique, et accessible à tous.

L’essentiel en un coup d’œil

  • Où : au lieu-dit Takamaka, sur la commune de Saint-Philippe, en bord de mer. On quitte la RN2 au panneau « Puits Arabe » et une petite route mène au parking tout au bout. Comptez 45 minutes de route depuis Manapany.
  • Combien de temps : Le parcours de la Pointe de la Table fait environ 3 km aller-retour. Comptez 1h environ de marche en tout ; un peu plus si vous flânez sur les plateaux de lave ou prévoyez de pique-niquer sur place.
  • Ce qu’on vient voir : les coulées cordées, les arches et les plateaux basaltiques, l’assaut des vagues, les panoramas sur l’océan et les falaises, et la terre gagnée sur l’océan par l’éruption de 1986.
  • Sur place : près du parking, on peut trouver des kiosques pour pique-niquer, des toilettes et quelques panneaux pédagogiques sur les laves.
  • Pour marcher : des chaussures fermées qui accrochent, la lave est abrasive.
  • Quand : venez la matin de préférence, il y aura peu de monde. Ou bien en fin d’après-midi, au retour du Grand Brûlé par exemple. La lumière rasante fait ressortir les cordons de lave, et il n’y a plus personne.
la Pointe de la Table, Sud sauvage de La Réunion

Avant de partir : l’état des sentiers, et pourquoi il faut le vérifier

Je commence par là, parce que c’est ce qui vous évitera de faire la route pour rien. Sur ce littoral, les sentiers ouvrent et ferment au rythme des éboulis et des éruptions, par arrêté préfectoral.

Au 3 septembre 2026, l’arrêté préfectoral en vigueur est le n°2026-1415 du 27 août 2026. Sur la commune de Saint-Philippe, il ferme notamment le sentier de la coulée de Takamaka (1986), le sentier du Tremblet et le sentier de Bras Plat. Le sentier d’interprétation du Puits Arabe et de la Pointe de la Table n’y figure pas — mais cette liste bouge, et je n’ai aucune envie de vous envoyer devant une barrière. La liste officielle est tenue à jour par l’ONF : consultez-la la veille de votre balade.

Le Puits Arabe : un nom qui raconte une légende plus qu’une vraie histoire

On commence par lui, parce qu’on passe devant juste avant de se garer sur le parking. Vous verrez un escalier à ciel ouvert, taillé dans la roche, qui plonge vers une galerie souterraine et un conduit vertical d’au moins neuf mètres de profondeur. Une vingtaine de trous de mine sont encore visibles dans la paroi : on a travaillé à l’explosif pour aller chercher l’eau qui circule entre deux coulées d’âges différents.

Et le nom, alors ? Le rattachement à des navigateurs arabes vient d’un auteur de 1901, et il a fait son chemin. Mais une mission archéologique menée en octobre 1972 a conclu que le puits « n’avait rien d’arabe sinon sa technique de construction » : il a en réalité été commandé par l’administration coloniale au XIXe siècle (source : Ministère de la Culture, « Archéologie dans l’océan Indien »). Il faisait partie d’un ensemble : neuf puits anciens ont été recensés sur le littoral de Saint-Philippe lors des premières prospections de 1973, dont trois seulement sont encore visibles aujourd’hui.

La visite ne prend que quelques minutes, mais honnêtement ne présente pas un grand intérêt. Le plus intéressant vient après, avec la balade menant à la Pointe de la Table.

La Pointe de la Table: un parcours sur les plateaux de lave

Ce qu’on traverse : des plateaux de basalte noir, des arches creusées par la mer, des tunnels effondrés, des orgues basaltiques, et surtout ces surfaces plissées qu’on appelle la lave cordée. Le terme scientifique est pahoehoe : une lave basaltique très fluide, émise autour de 1 100 à 1 200 °C, si plastique qu’en refroidissant elle se plisse en cordons parallèles — on dirait vraiment un amas de cordages posé là.

Le site de la Pointe de la Table regroupe des plates-formes créées lors des éruptions de 1776 et 1986 (source: géosciences, université de la Réunion). Vous marcherez donc sur de la lave ancienne (notamment près du parking, au niveau des premiers panneaux pédagogiques), et aussi sur de la lave plus récente (sur la plateforme la plus basse, en bord de mer).

Depuis le parking, prendre le sentier partant sur la gauche quand vous êtes face à la mer. Il commence justement par les panneaux pédagogiques sur les différents types de lave et sur l’éruption de 1986.

Le sentier n’est pas difficile, et plat. Mais pour se repérer, il faut suivre les marques au sol en forme de “i” rouge. Après les panneaux pédagogiques, vous avez le choix entre prendre sur la droite de petites marches pour descendre sur le plateau et continuer au plus près de l’océan ; ou bien rester sur la gauche et le sentier traversant des sous-bois. Mon conseil:  rester sur la gauche à l’aller (vous longez la côte en surplombant l’océan et ce sera ombragé), vous aurez l’occasion de descendre sur le plateau basaltique en bord de mer en fin de parcours sur le retour (et cela fera une petite boucle plutôt qu’un simple aller-retour).  Vous continuez au milieu des filaos et vacoas tout en surplombant l’océan: les points de vue y sont magnifiques et vous passerez à côté de belles formations géologiques telles que orgues basaltiques et bouches de tunnels de lave affaissées. Enfin, vous arrivez au point de vue sur la plateforme de la Pointe de la Table (il y a un panneau d’information pour le signaler), formée au point de rencontre entre la lave de 1986 et la mer. D’ailleurs, en continuant un tout petit peu sur le sentier, vous déboucherez sur l’ancienne rivière de lave, l’un des bras de coulée de 1986.  En option: encore un peu, et vous trouverez un petit passage sur votre droite permettant de descendre sur la plateforme.

Puis faire demi-tour et reprendre le même sentier. A l’endroit où le sentier se rapproche le plus du bord de mer, vous apercevrez quelques marches qui permettent de rejoindre le plateau basaltique du bord de mer. Un chemin y est tracé dans les gratons vous permettant de longer la mer au plus près en marchant sur un sol datant de seulement 40 ans (par contre, il n’y a plus d’ombre ici) et de rejoindre le départ.

A noter: les guides mentionnent souvent cette randonnée comme la “boucle de la Pointe de la Table” avec un trajet retour remontant l’ancienne rivière de lave sur quelques centaines de mètres, puis en bifurquant à gauche pour rejoindre la forêt. Attention: cette zone forestière contient des plantations de vanille, avec des panneaux d’interdiction et de propriété privée. C’est pourquoi je recommande de faire demi-tour une fois l’ancienne rivière de lave atteinte.

1986 : l’année où l’île s’est agrandie sous les yeux des habitants

Voilà ce qui rend ce bout de côte différent de tous les autres. Le 20 mars 1986, vers cinq heures du matin, une fissure de 700 mètres s’ouvre vers 1 000 mètres d’altitude, au-dessus du Piton de Takamaka — et, fait rare, en dehors de l’Enclos Fouqué, c’est-à-dire en dehors de la zone où le volcan a l’habitude de se déverser sans rien menacer.

La lave descend en deux bras. L’un coupe la RN2 et atteint l’océan le soir même ; l’autre coupe la route un peu plus loin et s’arrête à 200 mètres de la mer. Huit logements sont détruits, des plantations de vanille disparaissent, la nationale est coupée en deux endroits. Il n’y a aucune victime — les habitants avaient été évacués. Et quand tout s’arrête, l’île s’est agrandie de 25 hectares de terre neuve.

C’est sur cette terre de quarante ans seulement que vous marchez, et la végétation commence tout juste à s’y accrocher. C’est une expérience peu commune, surtout quand on vient de métropole, où le paysage semble immobile depuis si longtemps.

Une journée autour de la Pointe de la Table

La Pointe de la Table seule, c’est court. Voici comment on peut remplir la journée sans faire de kilomètres inutiles — la route est la même.

  • En chemin, à l’aller (ou au retour)  : Cap Méchant et sa côte de lave, sur la route de Saint-Philippe. Les falaises basaltiques, les vacoas, la houle qui explose : c’est la même histoire géologique, racontée autrement.
  • Un peu plus loin: enchaîner avec la visite du Grand Brûlé et ses coulées de lave (10 minutes de route depuis Puits Arabe).
  • Le déjeuner : un restaurant à Cap Méchant si vous êtes sur le retour à l’heure du déjeuner, ou bien à La Case Volcan juste avant le Grand Brûlé. Ou bien un pique-nique dans un des kiosques du Puits Arabe, face à l’océan.
  • Le retour : si l’envie de baignade vous prend, un arrêt à la piscine d’eau de mer du Baril. Voir également où se baigner en sécurité dans le Sud.

Mes conseils avant de partir

  • Des chaussures fermées, et de l’eau. La lave refroidie est abrasive et tranchante. Une chute à plat sur du basalte, ça laisse des traces.
  • On reste sur le sentier. Suivre les marques au sol en “i” rouge. Vous passez près de tunnels de lave effondrés ; la croûte peut être fine là où rien ne le laisse deviner.
  • On respecte les propriétés. Des plantations de vanille bordent le secteur, avec des panneaux d’interdiction : ce sont des exploitations.
  • Par forte houle, on reste en retrait du bord. Sur cette côte, la mer monte sur les rochers sans prévenir.
  • Y aller le matin. Il y aura moins de monde et le temps sera souvent plus dégagé.
  • Combiner Pointe de la Table avec d’autres sites. Cap Méchant est sur la route, le Grand Brûlé et sa route des laves juste 10 minutes plus loin en voiture.

Le Sud sauvage à portée de voiture, et le calme pour rentrer

À Ti Oasis, ma location saisonnière de charme avec piscine pour couples, à Manapany-les-Bains, les coulées de Saint-Philippe et le bassin sont dans la même journée : on part le matin voir la lave, et on rentre le soir se poser sous un kiosque au bord de la piscine.

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Questions fréquentes

La Pointe de la Table, c’est loin de Manapany ?

Comptez 45 minutes en voiture pour rejoindre le parking de Puits Arabe, en longeant la côte vers l’est en passant par Saint-Philippe.

Peut-on se baigner à la Pointe de la Table ?

Non, ce n’est pas l’endroit pour ça. On est sur un littoral de lave brute, sans plage, exposé à la houle du large : la mer arrive directement sur les rochers. On vient ici pour le paysage. Pour la baignade, il faut choisir d’autres sites — le plus proche est la piscine d’eau de mer au Baril.

La balade vers la Pointe de la Table est-elle difficile ?

Non. Aucune difficulté et quasiment pas de dénivelé. Par contre, il faut bien suivre le marquage au sol en forme de “i” rouge (pas toujours évident à repérer, surtout que l’on marche sur des feuilles sèches de vacoas sur une partie du parcours). A faire avec des chaussures de randonnée: la lave est abrasive.

Faut-il vérifier quelque chose avant d’y aller ?

Oui : la météo et l’état des sentiers. Sur ce littoral, plusieurs sentiers sont fermés par arrêté préfectoral. La liste officielle est tenue à jour par l’ONF et change régulièrement. Voir le lien ci-dessous.

Pour aller plus loin

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